La permaculture

La permaculture : Pensez le changement, pas changer le pansement :

C’est dans ce contexte très particulier que naît le concept de permaculture. Conscient de la vacuité d’un système puissant mais terriblement fragile et destructeur, David Holmgren et Bill Mollison se posent la question de la durabilité ou plutôt de la soutenabilité des sociétés humaines. En s’inspirant des peuples premiers, d’illustres aïeux (Fukuoka-san, Yeomans, Odum, …) puis des récentes découvertes en biologie, thermodynamique, agriculture, climatologie, ils co-créent le concept de la permaculture. De « permanent agriculture » au départ (car l’alimentation soutenable est la base d’une société durable), la définition s’élargit peu à peu en « permanent culture », joliment traduite par « culture de la permanence ».

De fait, la permaculture a été conçue pour répondre à la question fondamentale : qu’est-ce qui peut rendre une société humaine, durable?

La réponse à cette question repose sur un triptyque très simple. C’est l’éthique de la permaculture :

  • Prendre soin de la Terre : cette phrase un peu désuète rappelle l’absolue nécessité de faire attention à l’environnement dans son ensemble et d’en faire le préalable dans le cadre de toutes les activités humaines. Ce qu’on entend par « Terre » est l’ensemble de la biosphère et des paramètres nécessaires à son bon fonctionnement : air, eau, sol, faune, flore, paysages, etc. Bill Mollison, en grand poète qu’il était, avait une phrase pour résumer cette éthique : « permaculture is the art of not shitting where you sleep » (la permaculture est l’art de ne pas chier là où on dort).
  • Prendre soin des Humains : rappelle l’absolue nécessité pour l’Humanité de s’occuper convenablement de ses congénères (jeunes, vieux, malades, handicapés) dans un souci de longévité des structures sociales. Après-guerre, c’est à un état régalien a qui on a donné une certaine idée du vivre-ensemble, un état fort qui avait les moyens de ses ambitions : sécurité sociale, retraites, congés payés, hôpitaux, écoles etc. Or on assiste depuis des années au dépeçage de tous les services sociaux, peu à peu relégués au secteur privé, par nature inégalitaire, quand ils ne sont pas simplement supprimés et… on n’a plus de plan B en face. Peut-être est-il temps de réfléchir à d’autres façons de vivre ensemble, de penser autrement l’éducation, la santé, l’accompagnement social sans déléguer à une structure étatique défaillante et potentiellement en danger de mort.
  • Partager équitablement les surplus : Il a été prouvé que les inégalités sont un facteur d’effondrement structurel. Elles sont toxiques au niveau des démocraties (baisse de confiance envers les élites, frustrations, augmentation de la criminalité, …), au niveau de la santé même (espérance de vie, maladies psy, alcoolisme, …) et elles génèrent évidemment des instabilités économiques et politiques (la grande dépression de 1929 et le crash boursier de 2008, ont toutes deux été précédées d’une forte augmentation des inégalités). Les conséquences sociales sont bien pires en cas d’inégalités que, par exemple, de cas de baisse du PIB.

 

 

Si vous vous demandez si ce que vous faites ou planifiez de faire est « perma » ou pas, posez-vous la question si votre idée répond aux 3 piliers de l’éthique ci-dessus. Si ce n’est pas le cas, ce n’est ni mal, ni bien et surtout ce n’est pas de la permaculture…

 

David Holmgren, particulièrement au fait de l’évolution en cours n’a eu de cesse d’ouvrir la permaculture, d’élargir ses domaines d’application en dehors de la seule production vivrière : habitat, gouvernance, éducation, économie, médecine. Bien conscient qu’il s’agit d’un tout à reconstruire, d’un monde a reprendre à zéro, il crée la « fleur de la permaculture ». Sous un aspect délicieusement new-age, elle montre et détaille les différents champs d’application nécessaires à la vie d’une société humaine, et quelles modifications sont nécessaires pour rendre cette société soutenable dans le temps.

 

Les principes : que ce soit des principes de conception ou des principes globaux, ils permettent suivant le contexte, d’atteindre les 3 points de l’éthique quelque soit le domaine de compétence requis (habitat, agriculture, médecine, etc…). Les principes de permaculture sont des outils puissants a intégrer pour la conception de systèmes, par exemple.

 

 

En conclusion : la permaculture est une méthode de conception de systèmes humains durables. Ces systèmes sont très économes en énergie pour produire et se perpétuer (auto-suffisants), ils ne produisent pas de déchets et sont potentiellement illimités en terme de production. L’impact des systèmes en permaculture est positif sur la biodiversité, la fertilité des sols, l’état sanitaire de l’air et de l’eau. L’éthique de la permaculture est sa clé de voûte, sa raison d’être et de perdurer dans le temps. Ses 3 points sont applicables à l’ensemble des champs d’applications nécessaire à la mise en place d’une société humaine globale durable dans le temps.

Mathieu Foudral